Le OFF......J'y suis tombé dedans en me promenant par hasard. Je dirais même que j'y ai marché dedans mais avec quel délice...
De Christian de Passy à Jacques Weber, de Noémie de la Rochelle à Richard Boringer ils sont ici pour être grands, par leur talent, par ce qu'ils montrent.
Ils se côtoient sur les planches comme sur leurs affiches qui se balancent côte à côte sous un réverbère ou sur une grille.
Moi le piéton inculturel, j'ai glissé dans ce chaudron bouillonnant de créativité, de jeunesse, d'ivresse verbale, de passion pour les mots, pour les citations, pour les situations.....
Ma culturelle adolescence aurait été tout autre si j'avais croisé les textes de Molière, Racine, Corneille ou autres auteurs classiques et modernes sur un trottoir d'Avignon.
Je pardonne à ces enseignants barbants, barbares et parfois barbus qui du haut de leurs estrades ont gaché une partie de ma jeunesse en m'obligeant à "ingurgiter" par coeur des tirades du Cid ou autres "corneilleries" avant de venir les vomir devant une classe hilare.
Ils m'ont détourné de la beauté des textes des auteurs classiques et je me suis réfugié dans la prose des penseurs philosophes de mon époque : Raiser, Cabu et autre professeur Choron que je pensais être plus à même de m'ouvrir à la pensée cul-turelle universelle. Celle-là même qui me permit d'atteindre en fin de pré-puberté boutonneuse le nirvana philosophique avec Desproges
Quel respect pour ces acteurs en costume qui déclament devant une boutique qui solde, entourés par des vacanciers en tongs, shorts bariolés conduisant la poussette vociférante et par le pochtron sur son banc qui ne connait que les textes.........de l'étiquette du rosé bienfaiteur.
Quelle admiration pour ces troupes dont l'enthousiasme n'a d'égal que le talent. Ces troupes dont les acteurs viennent sur un bout de trottoir vous charmer avec quelques tirades pour vous attirer vers leurs tréteaux.
Ces parades qui font le trottoir pour mieux vous attirer dans des salles obscures pour le plaisir des sens. Voir, entendre, comprendre, apprendre, ressentir, aimer, vivre l'instant et le graver dans ses souvenirs.
Quel plaisir de voir ces actrices splendides qui d'un seul regard vous font aimer le verbe, la rime, la césure, la phrase, le geste... et vous entraînent dans une belle histoire.
Ces actrices dont le charme et la beauté auraient en d'autre temps ému Jean Baptiste Poquelin de la cour au jardin.
Je dédie ces photos à tous ces apprentis saltimbanques qui au péril de leur tirelire et parfois de leurs espoirs viennent ici montrer ce qu'ils sont, ce qu'ils voudraient qu'on croit qu'il sont.
Nus devant une nuée de spectateurs avides de sensations fortes, de sourires, de rires, de joies, de peines, de comédies, de tragédies. Tous simplement de théâtre.
Je ne dédie pas ces photos à tous les grincheux de la syntaxe, aux intégristes du verbe, aux ayatollahs de l'orthographe ( allez savoir pourquoi....! ), aux "moi quand je faisais du théâtre", aux acheteurs de performances, aux critiques critiquant le critique qui n'a pas critiqué comme eux l'auraient critiqué et aux autres "couillons" que la nature à multiplié pour m'empêcher d'en faire ici la liste exhaustive.
Après tout la vision et l'appréciation de la créativité est chose subjective. On aime ou on n'aime pas mais on respecte.
Et pour plagier Voltaire qui dans son fauteuil (pas du même nom) trône devant le théâtre d'Avignon, je dirais: "Je déteste ce que vous faites mais.....je suis prêt à tourner la tête pour que vous puissiez continuer"
Je dédie aussi ces photos à cette ville
Avignon la papale où les chapelles se transforment en théâtre où le pape devient papesse, où un christ rebondi et nu accroche les affiches de son spectacle dans la rue avant de remonter sur sa croix dans une salle obscure.
Cett ville où, lorsque vous croisez un groupe de nonnes en robes de bure et cornettes vous ne savez jamais si elles vont vous saluer pieusement ou théâtralement. Si elles vont vous inviter dans un temple ou dans un théâtre qui à Avignon, sont parfois les mêmes.
Une ville d'où derrière chaque porte monte la clameur d'une déclamation shakespearienne, qui entraîne votre imaginaire de piéton vers des mondes inconnus. Une ville où même les enseignes et les murs, se mettent en scène. Une ville avec son "Boulevard du temple" où une foule venue d'autres mondes vient refaire celui du théâtre.
Dans cette rue, l'âme du off prend ses quartiers entre les roues à aubes du canal et les gargotes délicieusement agréables et avenantes. Où chaque estaminet jouxte un garage-théâtre. Une ville belle et vivante au grand soleil de ses places, de ses rues, de ses esplanades mais aussi belle par son monde souterrain fait de salles obscures où s'épanouit la fleur du talent.
Des instants hors du temps. Juste voir, regarder, écouter, entendre, sentir, ressentir....jusqu'à....... aimer.
Avignon off, très in, very underground but never out.
(Ah ...je ne vous avez pas dit : je cause aussi avec le volant à droite)
MOI-MÊME, enfin celui qui fait aussi les photos........